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À la chasse au hapax

Joli mot, ce hapax qu’on aurait pu trouver dans « Astérix chez les Bretons », au côté de Jolitorax, Relax, Sutax et Ipipourax… Un hapax, pour faire simple, est un mot ou une forme dont on n’a relevé qu’un seul et unique exemple.

Ainsi, dans un de ses poèmes, Stéphane Mallarmé fait rimer « ptyx » avec « Styx ». Et si l’on sait que le Styx est l’un des fleuves des Enfers, on ignore toujours ce que peut bien signifier « Ptyx » (vos propositions sont les bienvenues). On n’avait jamais rencontré ce mot précédemment, on ne le retrouvera jamais plus si ce n’est dans ce texte… Bref, « Ptyx » est un hapax – et cette dernière phrase un bel exercice d’élocution.

A noter que le mot peut être orthographié sans le h initial. Il provient d’ailleurs du grec « apax » qui signifie en toute logique « une seule fois ».

Mais quelle différence, me demanderont les lecteurs les plus attentifs, entre un néologisme et un hapax ? Je pourrais répondre qu’un néologisme est un hapax qui a réussi. Si le mot inventé par un auteur fait florès, que les gens s’en saisissent pour l’utiliser eux-mêmes, il perd son statut de hapax. C’est le cas de « sauterie », terme créé par Agrippa d’Aubigné qui est resté un hapax pendant deux siècles avant d’être repris à la fin du XIXe pour sévir encore aujourd’hui.

Maintenant que vous avez bien compris, je vous propose un petit jeu. Combien de hapax Henri Michaux a-t-il glissé dans son poème « Le Grand combat » ?

LE GRAND COMBAT

Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
Il le rague et le roupéte jusqu’à son drâle ;
Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l’écorcobalisse.
L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C’en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s’emmargine… mais en vain
Le cerveau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs ;
On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
Et on vous regarde,
On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.
« Papa, fais tousser la baleine », dit l’enfant confiant.
Le Tibétain, sans répondre, sortit sa trompe à appeler l’orage
Et nous fûmes copieusement mouillés sous de grands éclairs.
Si la feuille chantait, elle tromperait l’oiseau.

(Qui je fus Gallimard, 1927)

2017-05-29T11:49:31+00:00