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Ariane Bois répond au questionnaire du candide

Ariane Bois ecrivaine

Grand reporter et critique littéraire, Ariane Bois a publié cinq romans, tous salués unanimement par la critique, par sept prix littéraires, et traduits à l’étranger. Pour « Le Gardien de nos frères » (Belfond, 2016), elle a notamment reçu le Prix Wizo 2016. « En laissant entendre sa propre voix, on a obligatoirement du style, le sien », nous a-t-elle confié. Vérification avec ce questionnaire du candide.

 

  • Un écrivain, ça naît comment ?
    Je crois qu’on écrit parce qu’on ne peut pas faire autrement, quelque chose ou quelqu’un manque dans sa vie et ce manque demande à être fouillé, ausculté, expliqué… Il y a une faille, un manque, un désir de comprendre qui est plus fort que nous. En 2008, j’ai écrit mon premier roman « Et le jour pour eux sera comme la nuit » (Ramsay) pour tenter de mettre des mots sur une douleur lancinante, celle de la perte de mon frère à 20 ans. Les mots sont sortis, furieux, dans le désordre, agressifs. Le livre a coulé de moi en un torrent sauvage. Et les lecteurs s’y sont retrouvés, dans ce sentiment de perte, de vide. J’ai compris alors que mon travail, qui était déjà autour de l’écriture, je suis journaliste, allait se déployer aussi autour de la durée, dans des textes plus longs. J’étais née comme écrivain.

 

  • Un livre, ça vient de quoi ?
    Un livre c’est une aventure intérieure, une rencontre entre une histoire, un sujet et un être. Cela peut venir de très profond, d’une part de soi que l’on a longtemps cachée ou de plus près. J’ai écrit « Le monde d’Hannah » sur mes grands-parents pendant la guerre car personne chez moi ne m’avait raconté leur histoire. Je savais qu’ils avaient quitté la Turquie dans les années 20 pour Paris puis que, juifs, ils avaient eu la chance de rentrer à Istanbul en 1944. Je suis partie sur les traces de leur voyage et j’ai rencontré de gens qui étaient avec eux dans ces trains de la liberté, j’en ai tiré un livre. Celui-ci s’impose à vous, vous oblige d’une certaine manière à l’écrire.

 

  • Un style, ça se trouve où ?
    Dure question ! Je ne crois pas à l’étude du style, à différentes écoles… Je crois qu’en laissant entendre sa propre voix, on a obligatoirement du style, le sien. J’apprécie beaucoup par exemple Lionel Duroy ou Annie Ernaux, deux immenses écrivains qui parlent d’eux aux lecteurs et dont le message se fait universel. Il n’y a pas un style, mais des styles et une sincérité, une honnêteté qui les commandent.

 

  • Quand on écrit, c’est pour qui ?
    Après « Le Monde d’Hannah », j’ai écrit « Sans oublier », une fiction sur ma mère que mes enfants n’ont pas connue. Je voulais leur parler de mon enfance, de ce personnage incroyable qu’elle était. J’ai écrit pour eux et pour moi. Le livre a aussi touché son public car la perte d’une mère est universelle, le sentiment de vide et d’absence aussi. On écrit d’abord pour soi, pour mettre un ordre dans son désordre intérieur, pour ses proches dans le cas de l’autofiction, et aussi pour toucher les autres à travers des histoires dans lesquelles ils se reconnaîtront. Il s’agit d’un pari, d’une perche lancée dans l’inconnu et d’une aventure formidable.

 

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?
    Il s’agit de « Dakota Song » chez Belfond. J’ai eu envie de raconter la vie d’un immeuble mythique de New York, le Dakota pendant les années 70, un immeuble qui a vu arriver John Lennon, Rudolph Nouerez et Léonard Bernstein. Il s’agit d’une saga sur dix ans de huit personnages qui représentent un New York électrique et éclectique, dans une décennie formidable. J’ai habité la ville pendant deux ans et j’y ai été guide. Je passais devant le Dakota, forteresse gothique au cœur du West Side et je me disais : un jour, tu raconteras cette histoire. C’est fait !

 

2017-08-30T17:11:08+00:00