Barbara

Barbara et Balibar : derrière ces assonances et ces allitérations se cache un film d’une liberté et d’une poésie étourdissantes signé Mathieu Amalric. Mais je ne suis pas là pour faire de la critique de cinéma, même si je méprise ceux qui n’iront pas le voir et que j’exècre ceux qui ne l’aimeront pas. Je voudrais juste aligner quelques considérations sur le titre de ce long-métrage qui porte tout simplement le nom de la chanteuse : Barbara.

Un nom ou plutôt un prénom ou plutôt un pseudonyme puisque l’interprète de « L’Aigle noir » s’appelait en réalité Monique Serf. J’ignore pour quelle raison elle a choisi de s’appeler ainsi mais je n’interdis à personne de me l’apprendre.

En revanche, je connais l’étymologie de Barbara, qui provient du grec « barbaros » signifiant « celui qui ne parle pas le grec », et donc, par extension, « l’étranger ». Claude Lévi-Strauss nous cause de cela dans « Race et histoire » (1961) : « Il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l’inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain », écrivait-il avant d’en dégager un triste constat : « On préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit ». Puis il enchaînait par un c’est-celui-qui-le-dit-qui-l’est : « En refusant l’humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou les plus « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leur attitude typique. Le barbare c’est celui qui croit à la barbarie. »

Pour les Grecs, les Latins étaient des barbares. Et quand les Romains s’emparèrent du mot, il leur servit à désigner tout le monde sauf les Grecs et eux ! C’est au moment où des hordes de Wisigoths ou de Huns envahirent l’Empire que le terme se chargea d’une connotation de cruauté.

Connotation qui ne devait pas affecter les premières Barbara (ou Barbe). Sans doute voulait-on insister sur leur qualité d’étrangère. La sainte de laquelle elles ont hérité leur prénom était originaire de Nicomédie (Turquie) ou d’Héliopolis (Liban). Deux histoires courent à son sujet. Pour les uns, elle refusa de renier sa foi jusque dans le cirque où elle subit son martyre. Personne ne la connaissait là-bas : quand d’autres chrétiens voulurent récupérer son corps, ils ne purent la désigner que sous le terme d’étrangère – Barbara. Pour les autres, elle n’eut pas la chance d’avoir un père très ouvert. Appréciez la manière dont le père Rouillard de Wisques résume son destin : « Elle aimait Dieu, beaucoup, et trouvait inutile de se marier. Son père déçu lui coupa la tête, mais tomba foudroyé. »

Aussi sainte Barbara ou sainte Barbe est-elle invoquée contre la foudre, et contre les morts violentes en général. Patronne des arquebusiers, des artilleurs, des canonniers, des artificiers et autres pompiers, elle protège aussi les brossiers, les chapeliers et les tapissiers. Si l’on en croit le diocèse d’Arras, les futurs parents de Haute-Saône lui réclament parfois des enfants frisés…

Cela fait bien du travail. Et pour terminer le mien, je pourrais revenir au cinéma où, en 1968, on se projetait en l’an 40 000 grâce à un film à la fois culte et ultrakitch. Roger Vadim aux commandes, Jane Fonda tout en cheveux et en cuissardes… Mais oui : Barbarella !