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Belinda Cannone répond au questionnaire du candide

« Ecrire pour danser avec le lecteur », dit-elle. Eh bien, dansons maintenant…

– Un écrivain, ça naît comment ?
L’écrivain est un être qui se passionne tant pour autrui qu’il voudrait se mettre à sa place, c’est-à-dire dans sa tête, pour voir comment on y pense, on y sent, on y regarde. Autrui est à la fois si aimable et si inquiétant, si mystérieux, que l’écrivain futur décide de partir à son exploration. Alors il décide d’écrire, en vue de cette découverte. Mais tout le monde, me direz-vous, veut comprendre autrui, ne serait-ce que pour survivre mieux à ses côtés ? Ici intervient cette bizarrerie que l’écrivain n’a pas d’autre désir que le commun des mortels mais lui, pour des raisons diverses, décide d’employer son temps et son énergie à écrire ce qu’il voit et pense. J’ai publié deux récits où j’explore cette genèse à travers mon histoire personnelle, et plusieurs essais, dont L’écriture du désir – alors vous répondre en quelques mots…

– Un livre, ça vient de quoi ?
De l’urgence d’une question. Parce qu’elle me taraude je dois écrire un livre où je la soupèserai, la déploierai sous toutes ses formes, ses dimensions, ses aspects. Parfois cela produira un essai, réflexif et argumenté donc, parfois cela donnera un roman, parce que la question n’a pas une réponse mais seulement des déploiements possibles.

– Un style, ça se trouve où ?
A la fois dans une maîtrise et dans une intuition. Maîtrise, parce que c’est en écrivant beaucoup, tout le temps, qu’on forge son style. Intuition parce qu’on a un « sentiment de la langue » qui n’obéit à rien de concerté. Quand vous marchez, calculez-vous votre allure, vos mouvements, votre effet ? Non. Vous essayez de rester droit et vous espérez une certaine élégance, c’est tout. Le style c’est un peu pareil, il s’impose à soi et si on travaille en détail chaque phrase, en réalité, au-delà de ce travail, quelque chose s’impose quasi à notre insu : de même que la forme de notre corps contraint notre allure, celle de notre esprit oblige notre style.

– Quand on écrit, c’est pour qui ?
Pour soi (répondre aux questions essentielles) mais surtout pour autrui – ce lecteur avec lequel on veut créer un « terrain d’entente », réduire l’écart, danser.

– Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?
Mes deux derniers, si vous permettez. « Nu intérieur », publié aux éditions de l’Olivier en 2015, est une récriture d’Adolphe, de Benjamin Constant, roman d’amour donc, qui met en scène l’absolue opacité de l’autre, la manière dont il nous reste indéchiffrable.
« Un chêne », édition le Vistemboir, à Caen (septembre 2016), est un ensemble de photos (modestes) d’un même arbre au fil du temps (en face de mon bureau, dans le Cotentin) et de textes brefs qui l’évoquent. Il témoigne de ma tentative pour accéder à un état d’être qui permette l’émerveillement devant le modeste, le simple et le banal. Extrait d’une sorte de traité de savoir-vivre dont tout mon travail décline secrètement les chapitres.

2016-12-16T09:17:58+00:00