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Benoît Séverac répond au questionnaire du candide

Benoit Séverac écrivain

Guitariste-chanteur dans un groupe punk, restaurateur de monuments funéraires, professeur de judo, dégustateur de vins… Cet homme est capable de tout, et en particulier d’écrire des romans adulte et jeunesse couverts de prix. « Etonnez-moi, Benoît » chantait Françoise Hardy sur des paroles de Patrick Modiano. Il faut croire que Séverac l’a entendue.
Merci à lui pour ses réponses si détaillées et si touchantes.

 

  • Un écrivain, ça naît comment ?

J’ai presque envie de répondre en chanson : « Ça vient de là, ça vient du blues ». Parce qu’il y a un peu de cela, chez moi. En tout cas, ça naît tout seul. Il n’y a pas grand monde, sur le chemin, qui vous dira « T’es écrivain, en fait. » Il faut découvrir cela par ses propres moyens. D’abord identifier que ce truc logé au creux de votre plexus, ce besoin de se faire des interviews de Jack London à huit ans dans sa chambre en cachette, d’écrire ses premiers carnets de bord à dix ans et d’en perforer les feuilles volantes pour les relier entre elles avec de la ficelle, de se confier à des journaux intimes plus tard, de composer des poèmes puis des chansons pour le groupe punk auquel on appartient (ado)… Bref, ce truc qui vous suit jusqu’à l’âge adulte, il faut commencer par l’identifier comme étant une sensibilité particulière, et propice à la fiction qui viendra des années plus tard.
Ensuite (c’est un long processus qui m’a pris 35 ans), il faut comprendre que ce malaise que l’on ressent à diverses périodes de sa vie, ce sentiment de ne jamais être véritablement à sa place, ou légitime, ou heureux, ou apaisé… dans sa famille, dans la société, dans son travail… il faut comprendre donc que ce voile se lève quand on se met à l’ordi, et il faut établir la relation.
Et puis, il faut le prendre au sérieux, lui donner toute sa place, travailler avec acharnement pour que ça éclose. Seul, toujours seul. Sans regard extérieur… Ou des regards si maladroits quand ils sont bienveillants qu’on finit par ne plus en parler à personne, en espérant qu’un jour, on sera publié et qu’on pourra enfin sortir au grand jour.
Des années de traversée du désert !
Enfin, il faut l’assumer. Je suis romancier. Je suis écrivain. Je suis auteur. Eh bien quoi ? J’ai travaillé dur pour gagner le droit de l’affirmer à la face du monde. Mais surtout, je sens que c’est là ma place. Mon rôle sur cette planète est celui-ci.
Et là, c’est le bliss.

 

  • Un livre, ça vient de quoi ?

De la colère. Chez moi, en tout cas. Je la canalise de cette manière. Et de tous mes sens (ils sont tous sollicités pendant l’écriture). Et de mes souvenirs. Et de mes lectures (notamment la presse). Et de mes rencontres (ça compte énormément, la rencontre avec l’autre, pour nourrir mes personnages et mes histoires). Et de l’Art ; la peinture, la musique, la littérature évidemment, la sculpture, la photo et le cinéma (beaucoup le cinéma)… ont une influence majeure sur mon écriture. Je ne sais pas comment cela opère. Les influences ne sont pas les mêmes selon que l’on parle de telle ou telle forme d’expression artistique, mais c’est là.

 

  • Un style, ça se trouve où ?

Wao. C’est là que ça se corse, et que les questions ne sont pas si candides. C’est très compliqué, cette histoire de « style ». Je ne suis même pas capable de définir le mien. L’idée que je m’en suis faite vient de ce que les lecteurs m’en disent.
Pour faire simple, je dirais que c’est une question de sonorité. La musique que l’on a dans la tête. Pas uniquement au moment où l’on écrit, mais ce que nous sommes vraiment, au plus profond de nous, et comment cette nature résonne, s’exprime, à l’oral/écrit.
Je crois qu’on écrit comme on se parle. De soi à soi. Pour se consoler, ou se bercer.
Je ne sais pas si ce que je dis est clair.
Visuellement, ça donnerait une démarche. On reconnaît quelqu’un de loin, rien qu’à sa façon de marcher. C’est un peu la même chose pour le style littéraire : d’un coup d’œil, on arrive à sentir si l’on a affaire à un auteur familier ou inconnu.

 

  • Quand on écrit, c’est pour qui ?

D’abord pour soi. Le lecteur vient après. Un lecteur universel, ou implicite, pendant l’acte d’écriture. Puis, on rencontre de vrais lecteurs. Mais quand on en est là, le bouquin est déjà sorti et nous a depuis longtemps échappé.
Puis, on passe à un autre ouvrage… Mais on a déjà oublié les « vrais » lecteurs pour ne penser qu’à soi et un lecteur implicite.

 

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?

J’ai deux derniers ouvrages, sortis tous deux en même temps dans deux maisons d’édition différentes, sur quasiment le même thème : « Little Sister » aux édtions Syros (littérature noire pour les ado). Une jeune fille de seize ans, dont le frère s’est converti à l’Islam radical quatre ans plus tôt avant de partir en Syrie faire le djihad pour Daesh, et dont la vie s’est « arrêtée », renoue avec l’espoir le jour où son frère reprend contact avec elle et lui fixe un rendez-vous sur un lieu d’enfance. Road movie qui consiste à répondre à la question autour de laquelle le roman tourne : comment aimer un frère qui a commis des atrocités, mais comment détester ce même frère qui, malgré tout, reste son frère ? Et « Le Chien arabe » aux éditions La Manufacture de Livres (littérature policière et noire adulte). Une histoire d’amitié entre une vétérinaire dont la clinique se situe dans un quartier « chaud » de Toulouse, et une jeune Maghrébine pour qui on a arrangé un mariage. La vétérinaire, malgré le quartier, malgré la famille, va tenter à sortir la gamine de cette impasse et, ce faisant, va mettre les pieds dans deux enquêtes policières (l’une des Stups, l’autre du Renseignement Intérieur), enquêtes dont les intérêts convergent et divergent à la fois…
Notez que « Le Chien arabe » sortira le 9 mars 2017 en format poche aux éditions Pocket sous le titre « Trafics ».

 

 

2017-02-14T09:17:54+00:00