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Cécile Oumhani répond au questionnaire du candide

cecile oumhani

Romancière et poète franco-britanno-tunisienne, couronnée de nombreuses récompenses comme le Prix européen francophone Virgile décroché en 2014 pour l’ensemble de son œuvre, Cécile Oumhani évoque ici « le besoin de partager avec les autres, à travers l’écrit »… Profitons-en.

– Un écrivain, ça naît comment ?
La passion d’écrire vient de très loin, quelque part dans l’enfance. Je commençais à peine à lire. On lisait beaucoup autour de moi, des lettres, des histoires. Il y avait tout ce que les voix me disaient, sous les mots que j’entendais. Ces voix adultes portaient toute l’importance qu’avait l’écrit, une magie, un pouvoir d’évocation. J’entrais dans des univers différents, imaginaires ou réels, lorsque c’étaient les lettres de la famille partie vivre au Canada, du côté de ma mère. J’étais fascinée parce que c’était un écho de la vie de personnes proches, des absents qui nous manquaient, dans un pays qui m’était inconnu. Il y avait la musique de la langue anglaise qui était celle de ma mère, celle de ces lettres qu’elle nous lisait à voix haute, à la table de la cuisine. J’ai continué à lire, à lire beaucoup et d’emblée dans les deux langues. Je rêvais à ce qui était loin et que je n’avais encore jamais vu. Je cherchais à comprendre le monde autour de moi. C’est ainsi que tout a commencé, je crois.


– Un livre, ça vient de quoi ?

La plupart de mes romans sont nés de petites choses que j’ai vues, entendues, des bribes apparemment insignifiantes, qui m’ont hantée ensuite parfois des années, avant que le roman lui-même ne commence à s’écrire. Je me suis trouvée un jour à l’Ambassade de France à Tunis et quelques mots entendus malgré moi m’ont poursuivie. C’était un jeune homme à la recherche de la trace de sa mère. C’est ainsi que « Les racines du mandarinier » est né, comme une exploration de destins que je n’avais fait qu’entrevoir et que je tentais de comprendre. Je crois que c’est un peu de cette façon que chacun de mes romans est né.

 

– Un style, ça se trouve où ?
On a chacun une relation particulière avec les mots, une fascination pour ce qu’ils portent et qui s’y mêle au fil des années, des lieux, des circonstances. Les mots ne nous appartiennent pas. Nous les avons en partage. Ils nous entrouvrent leurs portes. On les écoute, on les respire, on les goûte, jusqu’à trouver une tonalité qui paraît juste, qui s’approche de ce qu’on est en train de traverser dans le texte en train de naître. Écrire c’est comme composer de la musique. Cette dimension est essentielle.

 

– Quand on écrit, c’est pour qui ?
Il y a ce besoin que l’on a de savoir, de comprendre, en explorant les chemins qu’offrent les mots. On se rapproche ainsi des êtres qu’on a entrevus, dont on a pressenti le mystère, la souffrance, sans pouvoir les élucider. Il y a aussi le besoin de partager avec les autres, à travers l’écrit. Les mots que l’on écrit, ceux que l’on lit, nous plongent au cœur de l’humain, de ses questionnements.
Écrire c’est essayer d’aller au plus près de tout cela, c’est s’adresser aux autres.


– Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?

J’ai trouvé à Ellis Island, ce lieu par lequel transitaient les migrants qui arrivaient aux Etats-Unis, la trace d’un homme arrivé de Tunis en 1912. Pour moi, cela a marqué le début d’un nouveau voyage en écriture. « Tunisian Yankee » commence en France en 1918, dans les rangs de l’armée américaine. On sait peu de choses de ce soldat blessé, sinon sa soif de bonheur. Alors qu’il est sur son lit d’hôpital, on découvre peu à peu le périple qui l’a amené de Tunis à Little Syria, ce quartier de New York où s’installaient ceux qui fuyaient l’empire ottoman. « Tunisian Yankee » est paru en septembre, chez Elyzad, comme mes précédents romans.

2016-12-16T09:16:35+00:00