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Fâme, je vous aiaiaiaiaimeuhhh….

En cette journée de la femme, même si je n’aime guère ces rendez-vous obligés, je vous propose de réfléchir à une énigme : pourquoi « femme » se prononce « fame » et non pas « fème » comme dans « flemme » ?

Vous trouverez ci-dessous l’explication d’un bien plus érudit que moi (source : Monsu desidero).

Très intéressant, vous verrez, et bien plus fiable que ma propre explication un brin flagorneuse : c’est pour montrer que la femme a bel et bien une âme, n’en déplaise à Mathieu Amalric dans le génial film d’Arnaud Desplechin « Rois et Reine ».
Une scène d’anthologie : Voir la vidéo

Sinon :
Le latin classique fḗmina est un proparoxyton : l’accent tonique tombe sur l’antépénultième syllabe. Pourquoi ? Parce que la première voyelle est longue, la deuxième brève et il n’y a d’accent sur les finales que pour les monosyllabes. Cela a deux conséquences en bas-latin :
1) la finale a s’amuït en e caduc ou e central ;
2) la voyelle post-tonique plus faible subit une syncope : fem(i)ne > femne.
On a à présent un groupe de deux consonnes qui ont la même articulation, deux nasales, l’une sonore ou voisée (m), l’autre sourde ou dévoisée (n). Dans ce cas, il se produit en général une assimilation d’une consonne par une autre, c’est ici une assimilation progressive, la première consonne absorbe la deuxième : feme. L’assimilation régressive se trouve dans un mot comme automne ou anima > âme. Le phénomène inverse est la dissimilation : dilemme prononcé dilemne.

Maintenant, on peut voir la première voyelle. Le e long latin était passé en bas-latin à un è, voyelle ouverte par rapport à é. C’est aussi et surtout une voyelle arrondie, antérieure exactement comme a (celui de patte). Or il se produit à partir du XIe s. un phénomène qui va durer trois siècles : une grande vague de nasalisations des voyelles. C’est dû au fait que les voyelles en contact avec la consonne passeront par le résonateur nasal par attraction. On a vu dans ce fait une influence du celte qui se retrouve en portugais, mais c’est fort discutable. En tout cas, cela a commencé par les voyelles les plus ouvertes, d’abord a, puis cela s’est étendu aux voyelles plus fermées. Notre è ouvert et oral devient donc è~ (in, de bain). Mais notre voyelle nasale va s’ouvrir encore plus parce qu’elle subi l’influence de m labial (formé donc au point d’articulation des lèvres qui sont plus en avant dans la cavité buccale). Il s’agit d’une forme d’anticipation du timbre. Au cours du même siècle, elle passe très vite à ã (an, de banc). Ce a et ce ã sont arrondis, antérieurs exactement comme è et è~, mais plus ouverts.

Il faut s’arrêter sur la notion des nasales. Cela concerne à la fois la voyelle et la consonne. On prononce donc en deux syllabes : fã-me. Cette prononciation se retrouve dans des noms propres comme Dammartin (dam = dominus, seigneur). Elle existe encore en Languedoc (pardon, en Septimanie…) avec an-née. Le gros problème de l’ancien français était la difficulté articulatoire, il y avait une trentaine de voyelles, diphtongues, triphtongues, plus qu’en anglais. C’était aussi d’un faible rendement parce que les mots plus ou moins homonymes n’étaient pas très nombreux. On va donc avoir un phénomène de réduction des phonèmes par paresse articulatoire, exactement comme cela s’était déjà produit en latin. C’est un des faits qui servent à montrer la frontière en l’ancien français et le moyen français, à partir de 1350. Les nasales les plus fermées (correspondant à i et ü) disparaissent très vite, elles ne subsistent qu’au Québec localement. Ensuite au XVIe s. (toujours en moyen français), se produit une grande vague de dénasalisations : la voyelle nasale (ã) devient orale (a) si la syllabe suivante contient une voyelle immédiatement après la consonne nasale : lame, flamme, mais changer, chambre (consonne prononcée après la nasale), suivant, temps (consonne muette après la nasale donc la nasale est en finale). Ce fait permet de dire que le e caduc ou central était encore prononcé au XVIe s.

Il faut voir à présent le problème de la graphie avec deux m. Ce n’est pas une simple réfection étymologique sur femina. Le premier m est destiné à marquer la nasalité de la voyelle, le deuxième est là comme une véritable consonne. Bon, me direz-vous à part les adverbes en -emment, les autres mots qui ont -emm- dans leur corps ne se prononcent pas avec un a. Taratata ! C’est vrai pour flemme qui vient de l’italien flemma et avant du grec qui nous a donné phlègme, emprunt tardif comme le lemme. Mais ce n’est pas du tout vrai de gemme qui a donné localement dès le XIIe s. jame. La forme gemme est une réfection étymologique sur le latin gemma et l’occitan gema. Cette graphie femme apparaît en moyen français à la place de feme. Le dictionnaire de Nicot (1549) contient déjà femme. Il a existé aussi une forme fame, mais elle est rare et on peut considérer comme douteux que les remèdes de bonne femme soient des remèdes de bonne fame par confusion des graphies. Les époques ne correspondent pas du tout.

Un autre fait intéressant, c’est l’évolution du sens. Femina, c’est la femelle, même d’un animal. Le mot a remplacé à partir du XIIIe s. molier (du latin mulier) comme être féminin. Pourquoi ? Du fait de jeu de mots scabreux sur celle qui est mouillée. De même, il a supplanté oissour (du latin uxor) comme épouse (de sponsa, la fiancée). Pourquoi ? Par assimilation des femmes à certains volatiles qui sèment la terreur dans les campagnes. On peut supposer que la conservation du e dans ce mot est due à l’influence des clercs qui avaient un peu de latin en tête et qui ont répandu le mot à la place des termes inconvenants (qui existent encore au XVIIe s. mais de manière fort marginale).

2017-03-09T10:34:02+00:00