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Frédéric Aribit répond au questionnaire du candide

Un livre permet « d’aller un peu plus près, de vous approcher davantage de vous-même et de ce qui parle en vous », explique Frédéric Aribit. Approchez-vous de lui en lisant ce qui suit…

– Un écrivain, ça naît comment ?
Un écrivain, ça ne naît pas, ça meurt. Assassiné. Très tôt, très jeune souvent. Au berceau pour ainsi dire. Un jour, pour la première fois, il a écrit « maman » sur une feuille. Il s’est émerveillé devant sa « maman » tracée sur le papier. C’est la plus belle des « mamans », avec les jolies jambes de ses « m » et « n », avec les rondeurs de ses « a », il en est tellement fier ! Mais on ne le ratera pas. Les normes, les règles, les devoirs d’écriture, les notes, les impératifs, les comparaisons, les bienséances, les hontes, les humiliations diverses, la meule du jour le jour… Ils sont nombreux à l’attendre au tournant. Et la vie comme elle va se charge de lui faire la peau, il oublie sa « maman » de papier. N’en veut plus. Se préfère orphelin. La refuse car s’est cru refusé par elle. À peine né, l’écrivain en lui est déjà mort. L’écrivain, c’est les autres. Mais un jour, il apprendra peut-être que les autres aussi avaient d’abord écrit « maman ». Et peut-être se souviendra-t-il de l’émerveillement qui avait été le sien devant sa « maman » de papier. Qui sait, alors, ce que peut écrire un tel écrivain qui ne se savait pas déjà né depuis longtemps, et qui retrouve en lui la force inouïe de refuser la petite foulée ordinaire des jours pour enfin repartir à sa propre rencontre.

– Un livre, ça vient de quoi ?
Un livre, ça ne vient pas, ça s’en va. Ça part, ça s’éloigne. Ce qui vient, c’est l’écriture. Toujours. Ce n’est pas l’inspiration qui vous conduit vers le livre, c’est le contraire : le livre vous a approché de l’inspiration et puis il a fallu le lâcher, l’achever, le laisser partir, imparfait, insatisfaisant. Alors vous recommencez. Vous tentez avec un autre livre d’aller un peu plus près, de vous approcher davantage de vous-même et de ce qui parle en vous. Un livre, c’est toujours derrière soi, la trace durcie d’une insatisfaction.

– Un style, ça se trouve où ?
Un style, ça ne se trouve pas, ça ne se cherche pas. Par chance, ça se travaille. C’est cette langue singulière, personnelle, qui s’invente dans le langage. Il faut du temps et pas mal de courage pour échapper aux mots de la tribu et à la musique d’ambiance que fait la langue, tous les jours, aux oreilles. Il en faut aussi beaucoup pour se garder des styles de ceux qui ont du style et que vous aimez tant. Alors vous effacez, vous reprenez, vous refaites parce que ce n’est pas vous, cette musique-là, et que, quelque part, vous le savez. Et puis surtout, c’est de vous-même qu’il faut vous méfier. De votre propre désir de style, qui vous conduit à surjouer, à boursoufler. Le style, c’est cette appropriation du langage qui travaille aussi à votre insu, comme un musicien qui n’a pas forcément besoin de son instrument pour continuer à travailler son concerto.

– Quand on écrit, c’est pour qui ?
On n’écrit pas pour, on écrit contre. Contre les mille bonnes raisons qui voudraient vous en empêcher, contre la vie comme elle va, contre l’absence des autres et l’idée qu’on a de soi. Placer en amont quelque intention, quelque finalité, quelque destination ou destinataire que ce soit dans l’écriture, ce n’est pas écrire, c’est se prêter à l’infinie comédie du Trissotin qui ne dort jamais que d’un œil, toujours disposé aux glorioles.

– Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?
Mon dernier ouvrage ne raconte pas, il essaie d’expliquer. De restituer un peu de l’éblouissement qui est le mien depuis que lycéen, j’ai découvert l’œuvre d’André Breton. Après un roman autobiographique sur les langues, qui prenait la langue basque comme métaphore de cette langue de l’enfance perdue qui parle encore en chacun de nous (« Trois langues dans ma bouche », Belfond), j’ai voulu, dans un petit essai, saluer sa mémoire, une mémoire plus inactuelle et donc plus nécessaire que jamais, en ce cinquantième anniversaire de sa disparition. Aujourd’hui plus encore, on ne saurait imaginer personne de plus réfractaire que lui aux vents qui soufflent et à l’air ambiant. Cela s’appelle « Comprendre Breton », chez Max Milo.

2016-12-16T09:17:53+00:00