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Isabelle Bonat-Lucian répond au questionnaire du candide

Bonat

Si j’en crois sa biographie, « Isabelle Bonat-Luciani est née en 1974. Elle vit et respire à Montpellier, tente de voler aux riches pour donner aux pauvres, ne craint pas la kryptonite, est plutôt punk et parfois poète pour regarder le monde dans un minuscule quand il est trop grand, dans un immense quand il est trop petit. » J’ajouterai à ce portrait les cinq mots qu’elle m’a confiés quand je l’ai remerciée d’avoir si joliment joué le jeu du candide : « Je suis venue avec sincérité ». Une sincérité que l’on ressent à chaque ligne.

  • Un écrivain ça nait comment ?
    Ni dans les choux ni dans les roses. Peut-être qu’un écrivain nait depuis son pétrin.
    En tous cas, on ne nait jamais tout seul. Je me souviens quand j’étais gosse, des arbres généalogiques qu’on nous faisait dessiner, puis compléter avec des noms. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi dans le mien, il n’y avait ni la Comtesse de Ségur, ni Vian, ni Dostoïevski, ou encore Ionesco qui m’ont tellement accompagnés, alors qu’il y avait des noms qu’on me faisait écrire et qui m’étaient totalement inconnus. Et puis demeuraient des zones blanches où il m’était interdit d’écrire, de nommer, d’en parler, sinon, sinon quoi, avant d’écrire je n’aurais pas pu répondre à cette question que je ne m’étais jamais autorisée à me poser.
    Peut-être qu’un écrivain c’est quelqu’un qui décide de naître, autrement et comme il peut.
  • Un livre, ça vient de quoi ?
    D’une phrase.
    Que ce soit une phrase qui est là depuis longtemps, que ce soit quelque chose qu’on a entendu et qui fait mouche. Elle peut être tout cette première phrase.
    À chaque fois, je ne sais jamais vraiment où elle m’emmène. Ça dépend aussi de quel type de livre on écrit je crois, de ce qui est là au moment de cette première phrase. Je ne m’en sors pas très bien parce que j’ai beaucoup de premières phrases et qui à chacune, répondent des registres tellement différents. Ce qui fait que j’ai plein de livres qui sont toujours en devenir. Peut-être au fond, qu’il ne s’agit d’un seul, éparpillé parce qu’à chaque fois que je pense aller quelque part et surtout ailleurs, je me retrouve en un endroit obsessionnel, mais par un autre chemin.
  • Un style, ça se trouve où ?
    Au détour de quelque chose. J’ai l’impression que c’est comme ça que j’écris, en contournant. Ça doit venir de cet empêchement à dire, une injonction faite à la parole. J’imagine que ça fait une musique où les silences ont une place de choix. Je ne sais pas si on pourrait le définir comme un style d’ailleurs, mais pour moi le style c’est une musique, une respiration, une voix/e.
  • Quand on écrit c’est pour qui ?
    Je suis très égoïste. J’écris pour moi et puis parfois pour celui qui n’est pas là, pour celui qui aurait pu l’être, pour ceux qui n’écrivent pas et dont j’entends les mots sur leurs visages que je croise tous les jours, j’écris pour mettre à distance ou à l’inverse, la faire disparaitre. « Qui » est tout le monde, comme me semble-t-il, le « Je » aussi très souvent.
  • Votre dernier ouvrage qu’est ce qu’il raconte
    Mon dernier est mon premier (ceci n’est pas une charade). Il s’agit d’un recueil « Quand bien même » aux Carnets du Dessert de Lune. Je ne sais pas ce qu’il raconte, il est plusieurs et se promène un peu partout, il laisse entrevoir plus que raconter, je sais qu’il est l’expression de ce qui a été empêché et que cet espace a rendu possible, une sorte de c’est écrit noir sur blanc. La première phrase qui a déclenché l’écriture de ce recueil est une phrase administrative lue et relue et relue (etc), « Née de père inconnu », à laquelle j’ai ajouté un complément, « pour les autres ». Ecrire, c’est peut-être ça aussi, rendre au réel d’autres réalités possibles, ne rien figer, ou s’extraire de ce qui l’est et qu’on nous impose. Ce Quand bien même se situe à cet endroit, élargir là où il y a de l’étroit, ajouter inconditionnellement là où il y a des conditions, redonner de la lumière là où il fait trop noir par endroits, et puis peut être aussi (re)faire l’enfant pour (dé)faire un peu de l’adulte.
2017-12-05T11:49:20+00:00