CamutHug« Il y a Jérôme Camut, il y a Nathalie Hug, et il y a l’entité CamHug », expliquent-ils sur leur site Camut&Hug et dans les lignes qui suivent. J’ai couru après les trois pour obtenir leurs confidences mais non, rien de rien, non je ne regrette rien…

 

  • Un écrivain, ça naît comment ?

Dans l’antre du Camhug, il y a trois écrivains. D’abord Camut, qui adore se raconter des histoires depuis qu’il est petit, déteste travailler avec d’autres gens – il a essayé –, et avait beaucoup de choses à dire sur un tas de sujets. L’histoire de Malhorne a grandi en lui, conséquence de la perte prématurée de personnes qui lui étaient proches et d’un tas de questions en suspens sur l’existence de l’âme, etc. Quand Camut s’est senti prêt, il est parti s’isoler dans une maison vide, avec un matelas, une table, son ordinateur, son envie et une bouteille de Jack Daniels – Hemingway n’était pas loin – et il s’y est mis. C’était en 1997. Cinq ans plus tard, « Malhorne » tome 1 était édité au Serpent à plume. Cinq ans d’écriture, de doutes et d’attente et de nombreuses réponses négatives. Comme quoi, il faut toujours s’accrocher.

Petit bémol, Camut a détesté le Jack Daniels. Un mythe est tombé. Et il a vite compris qu’écrire sous alcool était un talent qu’il ne possédait pas. Alors il est resté sobre. Pas d’écrivain alcoolique, fin du trip de l’artiste maudit. Et puis, la vie est belle (pas toujours mais ça arrive quand même de temps à autre) et il faut la bichonner !

Camhug est né de la rencontre, du coup de foudre disons-le, le 24 novembre 2004 à 17h00, d’un écrivain et d’une nana adorant les livres. Ils ont en commun la passion de l’écriture, le désir de ne jamais se quitter, et surtout, un ego pour deux dans le travail. Naît alors une nouvelle, « Espylacopa », éditée chez Bragelonne en 2005, premier texte à 4 mains, précurseur d’une longue série à venir. Aujourd’hui, Camhug travaille sur son quatorzième roman.

Hug a pris son envol plus tard. Partagée entre la peur de se lancer toute seule, mais pleine du désir de s’émanciper et d’écrire ses propres histoires, Hug a bénéficié d’un coup de pouce de Camut en 2009. Elle lui propose une nouvelle idée, il rebondit mais elle n’est pas satisfaite. « Ce n’est pas cette histoire-là que j’ai envie de raconter. » La réponse de Camut fuse : « Eh bien, écris-le toute seule ! » Hug est lancée, et « L’Enfant-rien », son premier roman solo, paraît aux éditions Calmann-Levy en 2010.

Camut tient à préciser qu’il a beaucoup de respect pour l’écriture de Hug. Et comme ils ne travaillent pas de la même façon, la genèse d’un roman de Hug lui apparaît comme un grand mystère. Camut est un besogneux, il s’enchaîne à son poste huit heures par jour, suit sa ligne, n’aime pas revenir sur le texte. De son côté, Hug produit quelques pages, et puis s’arrête, y revient, flâne, change tout, approfondit un nombre incalculable de fois. Ainsi naît une histoire huguienne. Chapeau à sa moitié d’orange !

 

  • Un livre, ça vient de quoi ?

Un livre ça vient de loin. D’un continent méconnu, du fin fond de nos tripes ou de la partie inconsciente de notre cerveau. Ça vient de ce que nous sommes, de ce que nous vivons, de ce que nous aimerions être, de ce qui nous révolte, de ce qui nous touche, de l’alchimie de nos deux esprits, de l’amour, de l’envie de partager, du bonheur de créer.

Ce qui est très agréable dans cette activité, c’est l’excitation qui s’empare de nous quand la bonne idée vient. La plupart du temps, elle « tombe du ciel ». Comme une évidence, et alors là, la machine à raconter une histoire se met en route et c’est un bon moment. Au début, on croit la voir de A à Z, limpide. Et ensuite arrivent les problèmes de structure, de cohérence. Alors on bosse sur les personnages, parce que finalement tout passe par eux. Mieux on les connaît, et plus on découvre leur trajectoire dans l’histoire, leurs interactions. Ils deviennent pratiquement des gens dans nos têtes. Et quand on les quitte à la fin d’un roman ou d’une série de romans, c’est comme si on disait adieu à des amis (ça fait de nous de grands enfants, quand même. Normalement, les adultes n’ont pas d’amis imaginaires !).

 

  • Un style, ça se trouve où ?

Dans la petite musique qui chante dans notre tête quand on écrit, dans la voix du personnage que l’on crée, et dans le travail, le retravail et le reretravail.

 

  • Quand on écrit, c’est pour qui ?

On écrit pour soi, pour les autres, mais sans y penser. Impossible de se dire, à chaque ligne, va-t-il aimer, va-t-elle vibrer ? On écrit en sachant pertinemment que le livre, une fois entre les mains d’autrui, prendra toute sa couleur à ce moment-là, que les lecteurs y verront des signes auxquels on n’a pas pensé, qu’on nous prêtera des intentions que nous n’avons pas eues, ou l’inverse.

 

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?

« Ilya Kalinine », paru au livre de poche, texte inédit, raconte l’histoire d’un homme en colère, d’un enfant devenu un méchant « magnifique », prêt à tout pour combattre le mal par le mal.

C’est un bon exemple de ce que nous racontions plus haut sur notre façon de travailler les personnages. Dans la série « Les voies de l’ombre », nous avons inventé le personnage de Kurtz, un méchant avec beaucoup d’épaisseur. Le quatrième et dernier volume achevé, il nous fallait en créer un nouveau, différent, très différent de Kurtz. Kalinine est né ainsi. Et comme pour Kurtz, nous voulions tout savoir de lui, alors on s’est raconté sa vie, de sa naissance jusqu’au moment où il apparaît dans le premier volume de W3. Même le méchant de l’histoire doit nous plaire. C’est même en ce qui le concerne que nous devons connaître les ressorts psychologiques le plus en profondeur, comme des psys. Pour les « soigner », on doit les comprendre.