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Julien D’Abrigeon répond au questionnaire du candide

Julien D'Abrigeon, écrivain
« La première chose qui vous saute aux yeux, ou plutôt à la gorge, quand on lit « Sombre aux abords » de Julien d’Abrigeon, c’est le souffle. Et l’on se dit que c’est ça qui manque souvent dans les livres qui nous passe entre les mains : le souffle, cette capacité quasi pulmonaire à charger la prose d’une rythmique qui ne repose pas uniquement sur des pirouettes syntaxiques. » Ainsi commence la critique de Cannibale Claro que je vous invite à découvrir ici : http://towardgrace.blogspot.fr/2016/10/le-souffle-du-boss-julien-dabrigeon-en.html. Après ou avant la lecture du questionnaire du candide, c’est vous qui voyez…

  • Un écrivain, ça naît comment ?
    De la lecture, forcément. De la découverte d’autres littératures, du goût de l’expérimentation. Cela dit, je me suis vraiment mis à écrire sérieusement en découvrant simultanément la poésie sonore (et donc hors du livre) et en travaillant sur le cinéma de Godard. Car la littérature, ce n’est pas que le livre. Découvrir qu’on peut écrire pour autre chose que la page, ça ouvre des horizons, ça débloque beaucoup de choses…

 

  • Un livre, ça vient de quoi ?
    Ça vient doucement en tout cas… Ça vient de recherches, de notes éparses, de projets avortés. Un livre, ça vient aussi des lectures, des visions, des écoutes. Le livre vient forcément de l’extérieur avant de venir de soi. Un jour, une forme s’impose et le travail d’écriture commence… Mais le livre, dans un premier temps, existe alors avant même son écriture dans sa forme générale. L’écriture le transforme ensuite, le déforme, comme de l’eau emplirait un ballon.

 

  • Un style, ça se trouve où ?
    Le style ne se trouve pas ailleurs que dans le propos et inversement. Le style se trouve dans le livre, dans la phrase. Il ne doit pas être indépendant, au sens où ce ne doit pas être le « style » d’un auteur, mais le « style » d’un livre, voire d’une phrase. Comme le steak est fait de viande, le livre est fait de langue, du choix de celle-ci, de sa découpe. Le style n’est pas un « truc en plus » ajouté à ce que l’on souhaite dire. « La pensée se fait dans la bouche. », on ne sort pas de là. La langue impose un sens, pas l’inverse.

 

  • Quand on écrit, c’est pour qui ?
    Quand on écrit, c’est un peu pour nous au départ. Il faut écrire le livre qu’on a envie de lire. Mais il faut aussi avoir un autre regard, celui du lecteur qui se confrontera à notre propre lecture. On peut alors jouer avec lui, le perdre, le manipuler, le rattraper. J’aime lui imposer ce jeu du chat et de la souris, jouer avec ses horizons d’attente, le surprendre. Penser au lecteur, ce n’est pas forcément aller en son sens. Le flatter, c’est minable ; le malmener, c’est assez facile, pas forcément stimulant. Il faut le pêcher, en lui laissant du leste, en prenant le risque de le perdre pour mieux l’amener à soi ensuite. Regardez Moby Dick ! A chaque chapitre, Melville nous impose un nouveau style, une nouvelle direction. Il nous tient, nous lâche, nous harponne. C’est admirable.

 

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?
    « Sombre aux abords » (Quidam) ne « raconte » pas vraiment. Disons que ce n’est pas son but premier. C’est une tentative d’écriture d’un album 33 tours, d’adaptation de cette forme au livre. Je reprends ainsi un album (« Darkness on the edge of town » de Springsteen), et le retranscrit, en 10 chants, sur deux face qui se répondent. C’est un livre noir, avec des sillons qui brillent et tournent en rond, comme autour d’un rond point… Chaque chant reprend les micro-récits amorcés dans les chansons, les transposent en Ardèche… C’est un projet qui semble curieux présenté ainsi, mais c’est finalement une « forme » que le lecteur connaît bien, et des thèmes universels (issus du rock comme des films noirs, des chansons de gestes comme des épopées) dans un univers familier, celui de la France des petites villes, avec ses ronds-points, ses zones commerciales… C’est un livre à la langue très rythmée, travaillée au gueuloir, que je compte bien défendre également en lecture publique.

 

2016-12-16T09:16:01+00:00