Suivez-moi !

Votre nom (obligatoire)

Votre email (obligatoire)

Votre message

Laurence Biberfeld répond au questionnaire du candide

biberfeld

« Le style, c’est l’homme-même » affirmait Buffon. Et c’est aussi la femme, comme nous le prouve Laurence Biberfeld en écrivant des textes militants et percutants qui lui ressemblent comme deux gouttes d’encre.

– Un écrivain, ça naît comment ?
Perso je ne me rappelle pas ma naissance d’écrivaine. Je pense que j’écris depuis que je sais écrire (c’est aussi le cas de mes filles et de ma petite-fille). La première fiction dont je me rappelle racontait les aventures d’une petite caille qu’une amie bergère avait capturée avec un chapeau de paille et mise dans la cage des tourterelles. Je devais avoir six ou sept ans. C’était abondamment illustré. Mais d’après ce que je sais des écrivains, certains naissent tardivement, sans jamais avoir écrit avant, ni beaucoup lu. Je doute qu’il y ait des lois générales sur la naissance des écrivains.

– Un livre, ça vient de quoi ?
Un livre vient d’un faisceau de démangeaisons. L’envie de traiter un sujet particulier sous forme de fiction (chez moi ça part souvent quand quelque chose me fout les abeilles), et depuis une période plus récente une envie d’expérimentation écrite. Faire parler des animaux, ou essayer de se glisser dans la tête d’un fou qui pourrait l’être moins que le monde où il vit. Là j’écris un truc qui traite du travail dans ses aberrations ultimes, et mes personnages sont définis par la personne et le temps (une femme est à la troisième personne et au futur, un homme à la deuxième personne et au présent, une autre femme à la première personne et au passé, et ils partagent la même temporalité et les mêmes évènements, mais pas le même point de vue).

– Un style, ça se trouve où ?
Ça se bidouille, c’est un mélange de flux un peu irraisonné et de bricolage un peu pinailleur. Il faut qu’on ait l’impression (totalement personnelle et donc fausse forcément, sauf au moment où on écrit) que ça sonne juste. Après ça se bricole avec les matériaux à disposition, les autres écrivains, les gens qui ont un vrai style quand ils parlent.

– Quand on écrit, c’est pour qui ?
J’essaie toujours d’écrire ce que j’aimerais lire. Mais quand on écrit on s’adresse toujours à la projection de quelqu’un, un ami ou pas, quelqu’un de lointain ou proche à qui on ne peut tout simplement pas parler comme ça. Même nos pensées (en tout cas les miennes) sont assez constamment sous forme de débat. Mais à vrai dire, à part cette forme de conversation sans interlocuteur qui est le propre de la pensée et de l’écriture, je ne pense jamais au lecteur quand j’écris. J’essaie d’exprimer quelque chose et de l’exprimer le mieux possible, au moins pour moi. Ce qui explique probablement que mes bouquins soient parfois, j’imagine, un peu décourageants.

 

– Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?

Le tout dernier est un essai qui traite de la prostitution, aux éditions libertaires : « le plus vieux métier du monde… qu’ils disent ». L’avant-dernier est une novela qui met en scène une ZAD forestière dans les Cévennes, « Il nous poussait des dents de loup » aux éditions « Court-Circuit – in8 », mais mon dernier roman, « ce que vit le rouge-gorge », aux éditions « Au-delà du raisonnable », est un roman à deux unités de temps et une unité de lieu, qui est une porcherie industrielle. Les divers animaux, domestiques, familiers, commensaux, sauvages, s’y expriment sur ce qui arrive en fonction de leur sensibilité particulière.

 

(Photo Ecorce Editions)

2017-04-06T09:52:50+00:00