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Lionel-Édouard Martin répond au questionnaire du candide

Lionel-Édouard Martin

« Écrire, lire, traduire » : le titre du blog de Lionel-Édouard Martin condense son intense activité littéraire sous la forme d’une devise. Je vous invite à vous y rendre ici – quand vous aurez lu ses subtiles et profondes réponses au questionnaire du candide, cela va de soi. Je prends les paris : vous serez alors pris d’une irrépressible envie de vous plonger dans son œuvre.

  • Un écrivain, ça naît comment ?

Pour ma part : en 1956, par voie naturelle et au domicile de mes parents – de là vient que dans le Poitou, précisément dans le sud de la Vienne, j’ai une maison natale, celle où ma mère, mon grand-père, mon arrière-grand-père et toute une ribambelle d’aïeux ont aussi vu le jour. Je suis un de ces « imbéciles heureux » dont parle Brassens et pas malheureux d’en être un :  né « quelque part », et modelé par ce « quelque part », intimement, par sa géographie, par sa langue, par les gens qui l’habitent et qui l’ont habité. Il suffit d’observer les sujets de mes livres pour le constater : si je suis écrivain, c’est du fait d’une enfance, d’un lieu, d’une époque, d’une façon particulière de voir et de dire le monde, et d’une envie gourmande de le voir et de le dire. Pas écrivain régionaliste pour autant ‒ loin de là, même : mais ancré dans un territoire, comme Giono, Faulkner, Mauriac, Ramuz… ont pu l’être aussi.

  • Un livre, ça vient d’où ?

Saint John Perse écrit à propos de ce long poème marin qu’est son Amers : « Or il y avait un si long temps que j’avais goût de ce poème, mêlant à mes propos du jour toute cette alliance, au loin, d’un grand éclat de mer ». La citation me paraît belle et juste : un livre, pour moi, ça vient d’un « goût », d’un désir, de quelque chose qui s’impose comme un manque qu’il faut combler, dont on sent que le comblement ajoutera quelque chose à notre vie et peut-être à celle des autres. Entre cette envie initiale et son assouvissement, il y a le travail d’écriture (« travail » pris au sens d’« accouchement ») : un livre, c’est le résultat d’une tension, pas toujours agréable, entre un début et une fin (qu’on peut aussi appeler « délivrance »).

  • Un style, ça se trouve où ?

Pas sous le pied d’un cheval : en lisant, en écrivant, en pensant l’écriture. On prétendait au début du XXe siècle qu’il y avait des « écrivains de race », c’est-à-dire des écrivains dont l’écriture était comme spontanée, tirée d’une inspiration supposée sans travail : par exemple, on se demandait, dans le Figaro des années 1920, si le laborieux Flaubert était un « écrivain de race ». À cette question, Proust, qui prend part au débat, répond avec pertinence que l’écriture de Flaubert ne relève pas d’une forme plus ou moins belle et correcte, mais qu’elle est l’expression d’un regard subjectif porté sur un monde qu’elle transpose en phrases par un usage particulier de la langue, comme un peintre exprime le sien par des jeux de couleurs et des tracés de pinceaux. Dans cette hypothèse qui me semble fondée, il n’y a pas d’écriture naïve, naturelle, non-réflexive, rien qu’on puisse assimiler à un don : le style, c’est une technique que l’on s’invente, un savoir-faire personnel jamais définitif, toujours en devenir à mesure qu’évolue le regard de l’écrivain.

  • Quand on écrit, c’est pour qui ?

Personnellement, quand j’écris, je n’ai jamais le lecteur en tête – viser le lecteur, c’est se plier à des attentes et/ou penser avoir à transmettre je ne sais quel message d’importance : je n’ai aucune envie de me conformer, ni aucune présomption d’originalité conceptuelle (je ne crois pas, d’ailleurs, que les romanciers doivent être des penseurs : ils ont autre chose à faire et à dire). Quand j’écris, c’est un peu pour moi (parce que l’écriture m’est salutaire, qu’elle me purge de mots qui m’encombreraient sinon) et beaucoup, s’il s’agit de prose narrative, pour mes personnages à qui je me dois puisque j’ai commencé à les créer : il faut qu’ils existent, même virtuels, et pour cela, que je les accomplisse, que je les mène à terme.

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?

Il s’agit d’Icare au labyrinthe, publié aux éditions du Sonneur. On en trouve un résumé sur le site de mon éditeur, mais je ne suis pas sûr que ce soit l’essentiel. À franchement parler, la question du « qu’est-ce que ça raconte » non seulement ne m’intéresse pas, mais elle m’irrite un peu : un roman contemporain, ce n’est pas, ou ce n’est plus, une histoire (les journaux en regorgent, le cinéma en raconte avec bien plus d’efficacité), c’est une écriture qui se déploie, c’est une façon de voir le monde et de le dire. Mon « dernier ouvrage », donc, « raconte » une sorte de road trip à travers la France, mais c’est un prétexte à autre chose. Si vous voulez en savoir davantage, vous pouvez aller ici, je trouve très bien fait l’article de Profplatypus.

2017-12-11T12:58:19+00:00