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Marlène Tissot répond au questionnaire du candide

Marlène Tissot

« Je suppose », « Je l’ignore », « Je ne sais pas »… Comme elle est touchante, chez Marlène Tissot, cette « difficulté à faire face aux questions », pour reprendre ses propres termes. Mais aucun doute de ma part en ce qui concerne son talent littéraire. Et ne nous y trompons pas : cette romancière et poétesse sait très bien ce qu’elle veut, comme en témoigne le titre de son recueil « J’emmerde… ». Allez, avant son candide, un quatrain pour le plaisir : « J’emmerde les grands discours / Rester fidèle à cette petite voix / qui chante des berceuses / à nos terreurs. »

  • Un écrivain, ça naît comment ?

Comme un humain, je suppose. En s’extrayant du corps de celui qui l’a porté.

  • Un livre, ça vient de quoi ?

D’une envie, d’un besoin, d’une rage, d’un empêchement, d’un amour, d’une terreur, d’une jouissance, du monde autour qui ne tourne pas rond, du passé, du futur, d’un regard, d’un fait divers, d’une émotion, de n’importe quel détail du paysage qui nous entoure ? Je ne sais pas. Ça vient d’un nombre incalculable de choses, je suppose. Le tout  en proportions variables selon les auteurs, selon les livres.

  • Un style, ça se trouve où ?

Dans le tiroir secret d’une boite de Pandore ? Plus sérieusement, le style est une notion que j’ai du mal à cerner, à définir. Sans doute parce que je ne suis pas issue de formation littéraire. Je lis énormément et je remarque évidemment que certaines écritures ont une personnalité très marquée. Mais je sais que le style, ce n’est pas que cela. D’un point de vue personnel et sans doute à cause de mes lacunes, je n’ai jamais cherché à avoir un style. J’ai cependant pris conscience de certaines choses à propos de mon écriture : j’aime la phrase courte, l’impact qu’elle peut avoir, le fait d’exprimer le plus possible en travaillant à l’économie de mots. Pour le reste, c’est assez instinctif. Une affaire de rythme, de sons, de musique qui viendrait soutenir le sens.

  • Quand on écrit, c’est pour qui ?

D’un point de vue personnel, je n’écris pas « pour » mais « parce que ». Longtemps, j’ai écrit en secret. Je n’avais ni envie ni besoin qu’on me lise. J’écrivais sans même me poser la question du pourquoi.  A postériori, je pourrais lier cela au fait que j’ai du mal à communiquer oralement.
L’envie (ou le besoin – ou l’envie d’oser – confronter mes écrits à un regard extérieur) est venue, ou a été facilitée par internet. Cet écran qui place une distance matérielle entre soi et l’autre. Si l’écrit n’a rien d’exutoire pour moi (du moins pas dans le propos), il reste un geste qui m’est nécessaire, presque vital, pour éviter l’implosion. Et puis, j’aime raconter des histoires (même en poésie) et, si je ne pense pas au départ au lecteur, j’y viens en cours d’écriture. Ce lecteur est tout le monde et personne, mais j’ai envie de l’embarquer, de l’émouvoir, comme j’aime me laisser embarquer et émouvoir en lisant.

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?

« Lame de fond » (paru aux éditions La Boucherie Littéraire) est l’histoire d’un deuil, d’un voyage à rebours vers l’enfance doublé d’un voyage géographique vers la Bretagne. La quête des dernières traces d’un être cher disparu et la recherche de soi au travers des souvenirs et du périple. Une part de ce récit trouve sa source dans le réel, l’autre est imaginée. En quelles proportions ? Je l’ignore, et le savoir n’a pas réellement d’importance, même si c’est la question que l’on me pose le plus souvent. Ce qui m’importe n’est pas la véracité des faits, mais la vérité des émotions.

2018-05-30T10:11:16+00:00