Patrick Manoukian répond au questionnaire du candide - Brice fait des phrases
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Patrick Manoukian répond au questionnaire du candide

Patrick Manoukian, ou encore Ian Manook, Manook, Paum Eyghar, Roy Braverman… Autant de pseudonymes sous lesquels se devinent une existence riche et une imagination féconde. Des récits de voyage aux scénarios de bandes dessinées en passant par des polars, nous devons bien des choses à ce journaliste-éditeur-écrivain, en particulier les aventures du commissaire mongol Yeruldelgger qui lui ont valu une tripotée de prix littéraires. Rien à gagner pour ses réponses au candide : c’est bien plus beau quand c’est inutile.

  • Un écrivain, ça naît comment ?

Un écrivain ça naît comme tout le monde, d’un peu d’amour, d’un désir charnel, de la folle prétention de deux jeunes parents à vouloir mettre au monde quelque chose d’eux. On naît, mais on ne naît pas écrivain. On le devient. Parce qu’au collège vous tombez sur un prof d’histoire-géo-français qui vous met au défi de bien écrire quel que soit le devoir ou la matière. Qui vous rend des copies plus rouges que noires même si vous avez 18/20 tant il met de passion à tout expliquer de ses notes. Parce qu’un jour, dans votre banlieue, vous restez scotché par la nouvelle du poisson banane de Salinger au lieu d’aller tirer une caisse avec le reste de la bande. Parce que vous voyagez en solitaire, sac sur l’épaule, pendant plus de deux ans, à écrire dans votre tête ce que vous aimeriez raconter à votre retour de vos enthousiasmes et de vos abandons. Parce que ceux qui vous aiment sont francs sur vos premiers écrits. Et parce qu’un jour vous êtes certain que c’est ce que vous voulez devenir…

 

  • Un livre, ça vient de quoi ?

Un livre c’est une plante qui germe du terreau de toutes les émotions que vous avez accumulées dans votre tête. Ce qui se pointe, ce n’est même pas une idée. Souvent c’est une phrase, la toute première, que vous regardez longtemps en vous demandant ce qu’elle pourrait bien devenir. Puis elle pousse, et vous découvrez ce que vous aimeriez en faire. Comment la tailler, l’élaguer, pour la fortifier. Comment ajouter l’engrais de votre écriture au terreau de vos émotions. Ce n’est au début qu’un combat de jardinier que vous croyez maîtriser. Puis la plante gagne en force, en tronc, en branches maîtresses, en feuillages, et finit par porter les fruits de vos tous premiers soins de taille et d’élagage. On maîtrise difficilement la croissance d’un livre. Parce que c’est vivant, un livre. À la fois plante, arbre, liane, mauvaise herbe, fleur, plante carnivore, tronc rugueux, frais ombrage…

 

  • Un style, ça se trouve où ?

Je préfère penser qu’il y a, au départ, une sorte de prédestination à rapprocher de la réponse à la première question. Qu’on se dit un jour « Tiens, j’écris bien », plutôt que de se dire « Je vais bien écrire ».  Il faut toute la suffisance du talent qu’on se reconnaît, pour écrire. Mais il faut aussitôt derrière toute l’humilité de l’artisan pour raboter, poncer, polir chaque mot, chaque phrase. Savoir reconnaître ses tics d’écriture et s’en corriger. Admettre qu’il n’y a pas de « petit fossé », parce qu’un fossé c’est toujours petit, sinon ce serait un ravin. Qu’un instant n’est ni bref ni court parce qu’il est déjà tout ça en lui-même. Ciseler les verbes, aller chercher le juste synonyme. Faire parler ses personnages comme parlent les gens. Ne pas hésiter à oublier les règles. La double négation ne sonne pas juste dans la bouche de tout le monde. Le style ça se trouve en soi, et dans la juste observation du monde. Et c’est aussi une technique. Dans « Yeruldelgger », j’ai volontairement choisi des phrases courtes, hachées, souvent adverbiales pour les scènes d’action et les dialogues. Et des phrases trois fois plus longues pour donner à mon style l’amplitude des steppes, la démesure des horizons, et jusqu’à l’ondulation des collines sous le ciel immense. Le style, ça se travaille aussi avec le regard extérieur de l’éditeur et sa lecture professionnelle du manuscrit. Les longueurs, les répétitions, les digressions inutiles, les descriptions documentaires dont il ne faut, en fait, garder que quelques rares « coquetteries d’auteur ».

 

  • Quand on écrit, c’est pour qui ?

La première chose qu’on apprend dans un cours de secourisme, la toute première, celle qui prime sur toute autre urgence, c’est d’abord de penser à soi. De se mettre en sécurité. Un secouriste blessé, et mort à plus forte raison, n’est plus un secouriste utile. Je pense la même chose d’un écrivain. Un écrivain, c’est un égoïste généreux. Égoïste parce qu’il écrit d’abord pour lui, pour son plaisir, par besoin, par addiction, et généreux parce qu’il n’écrit que pour être lu par d’autres. Après, est-ce pour se sauver lui ou les autres ? C’est peut-être là la limite de ma comparaison initiale.

 

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ? 

Mon dernier livre s’intitule « Hunter ». Il est publié chez Hugo Thriller sous le nouveau pseudonyme de Roy Braverman. C’est le premier volume d’une trilogie américaine. Je veux travailler avec cette trilogie des polars plus tendus, plus nerveux, plus cinématographiques que ceux de ma trilogie mongole parue chez Albin Michel sous le pseudonyme de Ian Manook. Quelque chose à la Tarantino, à la frères Coen, comme disent les premières critiques flatteuses. Le premier volume se déroule à Pilgrim’s rest, petit bled perdu des Appalaches en pleine tempête de neige. En quelques années, cinq hommes ont été cloués au tronc d’un sapin par un trait d’arbalète alors que leurs femmes ont disparu. Et voilà que Hunter, le sang-mêlé accusé par une montagne de preuves de ces crimes horribles et en partie irrésolus, s’évade et revient au village. Mais pas tout seul. Freeman, le père d’une des disparues, le traque pour savoir ce qu’il est advenu de sa fille. Et se venger. Mais dans le blizzard, un serial killer peut en cacher un autre. Voire plus…

2018-07-03T11:35:14+00:00