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Philippe Vilain répond au questionnaire du candide

On ne va pas réduire cet auteur à un mot mais, si je devais choisir celui qui lui correspond le mieux, je n’hésiterais pas longtemps : « exigence ». Une exigence que l’on retrouve dans son œuvre littéraire comme dans son œuvre théorique. La première explore l’amour dans ses moindres recoins (« L’Été à Dresde », « Pas son genre », « La Femme infidèle »…), la seconde analyse la littérature contemporaine avec une acuité impressionnante (« La Littérature sans idéal »). Un écrivain véritable, si j’ai droit à trois mots de plus.

 

  • Un écrivain, ça naît comment ?
    Difficile d’expliquer ce qui préside à l’écriture. On me demande souvent pourquoi j’écris, comment je suis devenu écrivain, et, pour tout dire, ces questions me désemparent toujours, car je n’ai pas de réponses précises à apporter. Bien entendu, je pourrais évoquer ma jeunesse compliquée, la nécessité d’exprimer mon mal-être dès l’adolescence, mais je ne crois pas que ces arguments soient déterminants, et il n’est pas dit que l’écriture puise nécessairement sa source dans une jeunesse non heureuse, ni même qu’une jeunesse tout à fait heureuse ne m’eût pas assuré un destin différent.
    Et puis, je ne sais pas ce que veut dire « écrivain ». Nous sommes si nombreux à l’être, à nous penser et à nous dire « écrivain », avec des œuvres et des esprits si différents, si diamétralement opposés parfois. De sorte que je me demande si l’on ne devient pas davantage écrivain qu’on ne naît écrivain.
    Plutôt que de « naissance », je préfère parler d’une venue à l’écriture, formule évoquant une progression lente, une maturation, une vie somnolente de l’écriture en soi, la vie d’avant publication, la vie de l’écrivain sans œuvre. On est parfois plus écrivain quand on n’a pas publié.

 

  • Un livre, ça vient de quoi ?
    Un livre vient de la nécessité de l’écrire. De la nécessité vitale, sensible, intellectuelle de faire œuvre. Les livres qui ne viennent pas de la nécessité, qui viennent d’ailleurs – d’un ambitieux désir social –, m’ennuient profondément. C’est peut-être de la nécessité que naît l’écrivain – au sens idéal où je le comprends.

 

  • Un style, ça se trouve où ?
    Le style, c’est la rencontre entre l’esprit de l’écrivain (disons pour simplifier son « moi »), sa culture (ses lectures) et sa maîtrise technique (la pratique). Sauf génie, le style ne se trouve pas ailleurs que dans le travail, la répétition laborieuse du geste d’écrire, la création d’une dynamique et d’une poétique propre.

 

  • Quand on écrit, c’est pour qui ?
    Lorsque j’écris, je n’ai ni d’adresse, ni de destinataire précis. Je ne pense pas au lecteur, ou alors celui-ci est abstrait, anonyme. Si j’y pensais, je n’écrirais pas. De ne penser à personne me donne une liberté d’écrire. Mais sans doute, n’écrire pour personne, c’est vouloir écrire pour tout le monde, c’est abolir les frontières entre les sphères culturelles et sociales que les individus occupent, c’est s’ouvrir à tous, avoir l’ambition de s’universaliser sans perdre son style et sans se trahir.

 

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?
    Mon dernier roman, « La Fille à la voiture rouge » (Grasset, rentrée 2017), est un roman d’amour, sur la différence d’âge dans le couple, l’illusion des sentiments. Un écrivain de trente-neuf ans rencontre une étudiante de vingt ans, Emma Parker, fille d’un diplomate américain, qui fréquente la jeunesse dorée parisienne et roule dans une magnifique Porsche rouge. C’est une mystérieuse jeune fille… Ce roman s’inspire d’une histoire personnelle.
2017-06-19T15:52:25+00:00