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Stéphane Vanderhaeghe répond au questionnaire du candide

Stephane Vanderhaeghe - Quidam éditeur © Mathieu Drouet-3

Universitaire, écrivain et traducteur, auteur de deux romans parus chez Quidam éditeur, Stéphane Vanderhaeghe nous propose des « visites de l’intérieur de son crâne » sur son site. Disons que son candide fait office d’appartement-témoin…

  • Un écrivain, ça naît comment ?
    Aux forceps, en ce qui me concerne, dans les pages d’un livre-matrice. Pour moi, ce fut « Sous le volcan » de Malcolm Lowry.

 

  • Un livre, ça vient de quoi ?
    D’un désir. D’une envie. D’une ambition. D’une vague idée. D’une révolte intérieure. D’un pari. D’un ennui. D’une incompréhension. D’une part de vanité qu’on n’arrive plus à taire.

 

  • Un style, ça se trouve où ?
    Je ne suis pas certain qu’un style puisse se trouver quelque part ; je crois plutôt que ça se fabrique, que ça s’invente et se réinvente à chaque livre. Chaque écrivain.e, chaque lecteur ou lectrice aura sans doute sa propre définition du « style », on va même parfois jusqu’à dire que l’absence de style fait style. En ce qui me concerne, le style, si sa définition — son essence — m’échappe, raison pour laquelle je suis bien incapable de dire « où » il ou « ça » se trouve, consiste davantage dans l’interrogation réciproque du fond et de la forme. On en a soupé, de cette distinction, mais je persiste à croire qu’elle est valide, du moins dans son effacement, en quelque sorte. Le style, c’est peut-être « ça », d’ailleurs — l’effacement progressif, dans l’écriture en acte, de la distinction entre forme et fond. C’est la raison pour laquelle « le » style, par définition, n’existe pas. Du moins pas ailleurs que dans cette interaction entre ce que peut dire un texte et ce qu’il fait, interaction chaque fois renouvelée en vertu des spécificités du texte qui s’élabore, réinventant des règles qui lui sont propres et, s’il est réussi, une langue qui lui demeure singulière et qui, en tant que telle, ne peut lui survivre. Le reste ne signale peut-être rien d’autre que l’emprise indéfectible du cliché.

 

  •  Quand on écrit, c’est pour qui ?
    Pour personne. Et sûrement pas pour un lecteur ou une lectrice, quelque idéal.e qu’il/elle puisse être. Vu la difficulté apparente de mes textes, on m’a souvent demandé si je pensais « au lecteur » lorsque j’écrivais. La réponse est non et peut paraître manquer de générosité. Je crois plutôt que c’est la seule qui soit honnête. « Le lecteur » est une invention, il n’existe pas. Personne ne lit de la même façon, n’attend la même chose d’un texte, n’y est sensible de manière identique et calculable. Pourquoi dès lors vouloir s’évertuer à unifier cette multiplicité irréductible ? Écrire pour quelqu’un reviendrait à savoir identifier des attentes et des désirs. Et à être en mesure de les satisfaire — de la même manière qu’une offre satisfait et répond à une demande préalable, savamment étudiée, aux risques calculés. J’aime penser pour ma part que l’écrivain.e, à l’instar de l’artiste en général, suscite plus qu’il ou elle ne satisfait, crée plus qu’il ou elle n’obéit. C’est la raison pour laquelle, en ce qui me concerne, je n’écris pour personne — pas même pour moi qui ne suis en rien mon lecteur idéal. J’essaie juste péniblement de me débrouiller avec une idée qui trempe dans la langue, de lui donner forme en vertu des règles qu’elle s’impose.

 

  • Votre dernier ouvrage, qu’est-ce qu’il raconte ?
    J’aimerais savoir. Mais je dirais qu’ « À tous les airs (ritournelle) », paru en octobre 2017 chez Quidam éditeur, raconterait peut-être une rumeur — une rumeur qui chercherait désespérément à s’incarner dans un personnage sans jamais y parvenir totalement. A posteriori, et si on accepte cette piste, il se pourrait bien que ce roman-ritournelle, dans ses obsessions, ne raconte rien d’autre que son propre échec.

© Photo Mathieu Drouet

2018-02-13T07:47:46+00:00